Pourquoi regarder la ligne Glucides et pas seulement "dont sucres" : le guide complet

30 July 2026Cyril Plas

Pourquoi regarder la ligne Glucides et pas seulement "dont sucres" : le guide complet

Sur chaque étiquette alimentaire vendue en France, deux lignes se côtoient : « Glucides » et « dont sucres ». La plupart des gens ne lisent que la seconde. C'est une erreur qui fausse complètement l'évaluation d'un produit — et ce guide explique précisément pourquoi, avec la règle de calcul que les professionnels du low carb utilisent réellement.

L'essentiel

La ligne « dont sucres » n'affiche qu'une partie des glucides d'un produit — les sucres simples. La ligne Glucides affiche le total, incluant aussi l'amidon (féculents) et les polyols (édulcorants) le cas échéant. Un produit peut afficher « 2 g de sucres » et « 45 g de glucides » : c'est très fréquent pour le pain, les pâtes ou le riz. Pour évaluer l'impact réel d'un produit en low carb, la règle est : glucides nets = glucides totaux − polyols (les fibres étant déjà exclues de la ligne Glucides en Europe, contrairement aux États-Unis). Se fier uniquement à "dont sucres" fait systématiquement sous-estimer sa consommation réelle de glucides.

Comment est structurée une étiquette nutritionnelle en Europe

Le règlement européen INCO (Information des Consommateurs, UE n°1169/2011) impose un format standardisé pour le tableau nutritionnel de tout produit alimentaire préemballé vendu dans l'Union européenne. Ce tableau comporte, dans un ordre fixe : valeur énergétique, matières grasses (dont acides gras saturés), glucides (dont sucres), protéines, sel.

La ligne Glucides représente l'ensemble des glucides du produit — sucres, amidon et, selon les cas, polyols. La sous-ligne « dont sucres », indentée sous elle, n'en indique qu'une fraction : les sucres simples et disaccharides (glucose, fructose, saccharose, lactose, maltose). Cette structure en ligne principale + sous-ligne est précisément ce qui pousse beaucoup de lecteurs à ne regarder que le chiffre le plus visible ou le plus commenté dans les médias — le sucre — en laissant de côté le chiffre englobant.

Pourquoi "dont sucres" ne suffit pas

Le problème avec la ligne "dont sucres" est qu'elle ignore complètement l'amidon — la deuxième grande famille de glucides, présente dans le pain, les pâtes, le riz, les pommes de terre, les céréales. Un produit peut être extrêmement pauvre en sucres tout en étant très riche en glucides totaux, simplement parce que sa base est un féculent.

C'est exactement le cas du pain : une tranche de pain blanc affiche généralement 1 à 3 g de sucres pour 100 g, ce qui semble anodin — mais 45 à 55 g de glucides totaux pour la même portion, l'essentiel provenant de l'amidon de la farine. Une personne qui ne regarde que la ligne sucres passera totalement à côté de cet apport glucidique majeur.

Le repère central — Pour toute démarche de réduction des glucides, la ligne Glucides (pas "dont sucres") doit être le premier chiffre consulté sur une étiquette. C'est elle qui reflète l'impact glycémique global potentiel du produit.

La règle de déduction des polyols

Une fois la ligne Glucides identifiée, une nuance supplémentaire entre en jeu pour les produits low carb ou keto : les polyols. Ce sont les édulcorants de la famille des sucres-alcools — érythritol, xylitol, maltitol, sorbitol — utilisés pour remplacer le sucre tout en gardant un pouvoir sucrant. Réglementairement, ils sont comptabilisés dans la ligne Glucides totaux d'une étiquette, aux côtés des sucres et de l'amidon.

Le problème : leur impact glycémique réel varie énormément d'un polyol à l'autre. L'érythritol a un indice glycémique proche de zéro et est en grande partie éliminé sans être métabolisé. Le maltitol, à l'inverse, a un indice glycémique autour de 35 — nettement plus proche du sucre que de l'érythritol. Compter tous les polyols comme s'ils avaient le même impact que le glucose fausserait donc largement l'évaluation d'un produit édulcoré.

C'est pourquoi la communauté low carb utilise une formule de calcul spécifique :

La formule des glucides nets

Glucides nets = Glucides totaux − Polyols (les fibres étant déjà exclues de la ligne Glucides en Europe, il n'y a pas à les soustraire une seconde fois).

Polyol Indice glycémique approx. À déduire intégralement ?
Érythritol ~0-1 Oui, impact quasi nul
Stévia (glycosides) ~0 Oui, impact nul
Xylitol ~7-13 Oui, impact faible
Maltitol ~35 À déduire avec prudence, impact plus notable

Fibres : la différence entre l'Europe et les États-Unis

Une confusion fréquente vient des contenus américains consultés en ligne, où la méthode de calcul diffère légèrement de la réglementation européenne. Aux États-Unis, l'étiquette additionne les fibres aux glucides totaux affichés — ce qui oblige à soustraire soi-même les fibres pour obtenir un chiffre de "glucides nets" comparable à l'usage low carb.

En Europe, ce n'est pas nécessaire : la réglementation INCO exclut déjà les fibres de la ligne Glucides. Le chiffre affiché sur une étiquette française ou européenne est donc, par défaut, un chiffre qui ne compte pas les fibres — il ne reste donc qu'à déduire les polyols pour obtenir les glucides nets, sans étape supplémentaire sur les fibres.

⚠ Piège fréquent — Appliquer une méthode de calcul américaine (déduire les fibres) sur une étiquette européenne revient à déduire deux fois quelque chose qui n'a jamais été compté, et donc à sous-estimer artificiellement les glucides nets réels d'un produit.

Calculer les glucides nets, pas à pas

Voici la méthode simple à appliquer face à n'importe quelle étiquette européenne :

  • Repérer la ligne Glucides (pas "dont sucres") sur le tableau nutritionnel.
  • Vérifier dans la liste d'ingrédients si le produit contient des polyols (érythritol, maltitol, xylitol, sorbitol...).
  • Si des polyols sont présents, chercher leur quantité — parfois indiquée séparément sur l'étiquette, sinon estimable via la liste d'ingrédients et sa position (plus un ingrédient est cité tôt, plus il est présent en quantité).
  • Soustraire cette quantité de polyols du total de la ligne Glucides.
  • Le résultat obtenu est le chiffre de glucides nets, à comparer à son seuil quotidien visé.

Trois exemples de calcul réel

Exemple 1 — Un pain keto

Étiquette : Glucides 12 g / 100 g, dont sucres 1 g, dont polyols 6 g. Calcul : 12 − 6 = 6 g de glucides nets pour 100 g — un chiffre nettement plus favorable que les 12 g affichés en premier lieu.

Exemple 2 — Un chocolat "sans sucres ajoutés"

Étiquette : Glucides 28 g / 100 g, dont sucres 0,3 g, dont polyols (érythritol) 22 g. Calcul : 28 − 22 = 6 g de glucides nets pour 100 g. Sans ce calcul, le chiffre brut de 28 g aurait pu sembler dissuasif pour une personne en démarche low carb, alors que l'impact réel est bien plus faible.

Exemple 3 — Un pain de mie industriel classique

Étiquette : Glucides 46 g / 100 g, dont sucres 4 g, pas de polyols. Calcul : 46 − 0 = 46 g de glucides nets pour 100 g — un chiffre élevé, entièrement dû à l'amidon de la farine, invisible si l'on ne regarde que les 4 g de la ligne "dont sucres".

Les pièges d'étiquette à connaître

La portion de référence trompeuse

Les chiffres sont généralement donnés pour 100 g, mais la portion réellement consommée peut être très différente. Une barre de 30 g affichant "10 g de glucides pour 100 g" contient en réalité 3 g de glucides pour la portion réelle — toujours vérifier si le produit indique aussi un calcul par portion.

Le mot "light" ou "allégé"

Un produit "allégé en sucres" a réduit sa teneur en sucres d'au moins 30 % par rapport à une référence, selon la réglementation — mais cela ne garantit rien sur sa teneur en glucides totaux, qui peut rester élevée si l'allégement porte uniquement sur le sucre ajouté et non sur l'amidon de la recette.

Les polyols non détaillés

Certaines étiquettes n'indiquent pas la quantité exacte de polyols séparément — seule la liste d'ingrédients permet alors de savoir qu'ils sont présents, sans toujours connaître la quantité précise pour affiner le calcul.

Ce que dit la liste d'ingrédients en complément

Le tableau nutritionnel donne des chiffres, mais la liste d'ingrédients donne le contexte. Les ingrédients sont listés par ordre décroissant de quantité : un ingrédient cité en premier ou en deuxième position pèse plus lourd dans la composition qu'un ingrédient cité en fin de liste. Repérer la position de la farine, du sucre ou d'un polyol dans cette liste permet d'affiner l'estimation de leur poids réel dans le produit, en complément du tableau nutritionnel chiffré.

Ce que dit la réglementation sur les allégations

Le règlement européen CE n°1924/2006 encadre strictement les allégations nutritionnelles qu'un fabricant peut afficher sur un emballage. Par exemple, la mention « sans sucres » (au pluriel) n'est autorisée que si le produit contient 0,5 g de sucres ou moins pour 100 g. Une mention « pauvre en sucres » exige un seuil différent, généralement 5 g pour 100 g de solide. Ces seuils réglementés concernent uniquement les sucres — aucune règle équivalente n'encadre spécifiquement la mention du chiffre global de glucides, ce qui explique pourquoi le message marketing se concentre presque toujours sur les sucres plutôt que sur les glucides totaux.

À retenir — Les allégations réglementées portent sur les sucres, pas sur les glucides totaux. C'est une raison structurelle supplémentaire pour laquelle les emballages mettent en avant "sans sucres" plutôt qu'un chiffre de glucides, même quand ce dernier serait plus informatif pour une personne en réduction des glucides.

Check-list de lecture d'étiquette

  • Je regarde la ligne Glucides en premier, pas "dont sucres".
  • Je vérifie la présence de polyols dans la liste d'ingrédients.
  • Je soustrais les polyols du total pour obtenir les glucides nets.
  • Je ne déduis jamais les fibres une seconde fois (déjà exclues en Europe).
  • Je vérifie si le chiffre est donné pour 100 g ou pour la portion réelle consommée.
  • Je ne me fie pas uniquement aux mentions marketing en façade ("sans sucres", "light").

Pourquoi le discours public s'est focalisé sur le sucre

Il est utile de comprendre pourquoi, historiquement, le sucre a pris toute la place dans le discours nutritionnel public au détriment des glucides dans leur ensemble. Les campagnes de santé publique des dernières décennies ont ciblé en priorité le sucre ajouté, plus facile à identifier, à quantifier et à communiquer auprès du grand public qu'une notion plus large et plus technique comme les glucides totaux. "Manger moins de sucre" est un message simple ; "surveiller ses glucides nets en tenant compte de l'amidon et des polyols" l'est beaucoup moins.

Cette simplification pédagogique a eu un effet secondaire : elle a ancré dans l'esprit du public l'idée que seul le sucre comptait, laissant l'amidon — pourtant présent en quantités souvent bien plus importantes dans l'alimentation quotidienne via le pain, les pâtes, le riz ou les pommes de terre — largement hors du radar. Comprendre la structure réelle d'une étiquette nutritionnelle permet de corriger cette vision partielle, sans pour autant rejeter l'importance de surveiller aussi les sucres ajoutés, qui restent un indicateur pertinent à part entière.

Cas particuliers à connaître

Les boissons

Pour les boissons, le calcul se fait généralement pour 100 ml, mais une canette ou une bouteille contient souvent plusieurs centaines de millilitres. Un soda affichant "10,6 g de glucides pour 100 ml" représente en réalité près de 35 g de glucides pour une canette de 33 cl — un écart qui passe facilement inaperçu si l'on ne prête attention qu'au chiffre pour 100 ml.

Les produits allégés en matières grasses

Un produit allégé en matières grasses compense souvent la perte de texture et de goût par un ajout de sucre ou d'amidon, ce qui peut faire grimper sa teneur en glucides au-delà de l'équivalent classique. La mention "allégé" ne concerne alors qu'un seul macronutriment (les graisses), pas l'ensemble du profil nutritionnel du produit.

Les produits pour sportifs

Barres énergétiques, boissons isotoniques : ces produits sont souvent volontairement riches en glucides rapides, un choix cohérent avec leur usage pendant l'effort, mais qui n'a rien à voir avec un produit du quotidien. Le contexte d'usage change complètement l'interprétation du chiffre affiché sur l'étiquette.

Questions fréquentes

Pourquoi la ligne "dont sucres" existe-t-elle si elle est insuffisante ?

Elle reste utile pour évaluer spécifiquement l'apport en sucres simples, un indicateur pertinent pour d'autres objectifs (dentaires, par exemple). Le problème n'est pas son existence, mais le fait de s'y fier exclusivement pour évaluer l'impact glucidique global d'un produit.

Comment calculer les glucides nets s'ils ne sont pas indiqués séparément ?

Il faut repérer les polyols dans la liste d'ingrédients (érythritol, maltitol, xylitol, sorbitol) et, si leur quantité exacte n'est pas précisée, se référer à la ligne "dont polyols" quand elle existe, ou contacter le fabricant en cas de doute.

Les fibres doivent-elles être déduites des glucides en France ?

Non. En Europe, la réglementation exclut déjà les fibres de la ligne Glucides affichée. Il ne faut donc déduire que les polyols pour obtenir les glucides nets, sans déduire les fibres une seconde fois.

Un produit "riche en fibres" a-t-il automatiquement peu de glucides ?

Pas nécessairement. Un produit peut être riche en fibres tout en contenant, par ailleurs, une quantité importante de sucres ou d'amidon. Il faut toujours vérifier la ligne Glucides complète.

Pourquoi le maltitol est-il traité différemment des autres polyols dans le calcul ?

Parce que son indice glycémique (environ 35) est nettement plus élevé que celui de l'érythritol ou de la stévia (proches de zéro), ce qui le rapproche davantage du sucre sur le plan de l'impact glycémique réel, même s'il reste réglementairement classé comme polyol.

Où trouver la quantité exacte de polyols si elle n'est pas sur l'étiquette ?

Certains fabricants l'indiquent volontairement en sous-ligne. À défaut, la position de l'ingrédient dans la liste (par ordre décroissant de quantité) donne une indication relative, sans toutefois fournir un chiffre exact.

Cette méthode de calcul est-elle reconnue officiellement ?

Le concept de "glucides nets" n'est pas une mention réglementée officiellement en Europe — c'est un usage développé par la communauté low carb/keto pour évaluer l'impact glycémique réel, basé sur des données scientifiques sur l'indice glycémique des différents polyols.

Pourquoi une canette de soda affiche-t-elle un chiffre "pour 100 ml" plutôt que pour la canette entière ?

La réglementation impose l'affichage pour 100 g ou 100 ml comme référence standardisée, permettant de comparer facilement différents produits entre eux. L'affichage par portion réelle reste optionnel et n'est pas systématiquement présent.

Faut-il se méfier de tous les produits "allégés" ?

Pas systématiquement, mais il faut vérifier ce sur quoi porte réellement l'allégement (matières grasses, sucres, calories) : un produit allégé en graisses peut par exemple compenser par un ajout de glucides, ce qui n'apparaît pas dans la mention "allégé" en façade.

Sources

  1. Règlement (UE) n°1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires.
  2. Règlement (CE) n°1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires.
  3. Atkinson F.S., Foster-Powell K., Brand-Miller J.C. International tables of glycemic index and glycemic load values. Diabetes Care, 2021.
  4. ANSES — Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual.

Article rédigé par l'équipe Délices Low Carb — boutique spécialisée low carb & sans sucres ajoutés depuis 2017, Colomiers (Toulouse). Contenu à visée éducative, ne se substituant pas à l'avis d'un professionnel de santé.

Plus d'articles

Commentaires (0)

Il n'y a pas de commentaires pour cet article. Soyez le premier à laisser un message !

Écrire un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.